Lise-Hélène Larin

L'atelier idéal

Présenté par Denys Tremblay, artiste quantique, professeur émérite, idéateur et idéalisateur

Je connais Lise-Hélène Larin depuis 40 ans. Je l’ai connue au Symposium international de sculpture environnementale de Chicoutimi en 1980 dont j’étais l’instigateur.

Elle était la traductrice de Brigitte Radecki, l’une des 10 sculpteurs sélectionnés. Nous sommes devenus des amis. Je l’ai revue longuement à Paris lors de mes études doctorales. Elle a collaboré à l’une de mes œuvres, l’enterrement de sa majesté l’Histoire de l’art métropolitaine au Centre Pompidou. On ne s’est pas perdu de vue depuis. À chaque fois que j’allais à Montréal, je la retrouvais à son atelier et je pouvais découvrir le dernier agencement de ses expérimentations, son nouveau « cabinet des curiosités », mélange fabuleux d’objets et d’œuvres singulières. Loin d’être une « panic room » que sont la plupart des ateliers d’artiste, le sien s’apparentait plutôt à une « war room », lieu où se conspirait des attentats visuels autant disciplinaires, qu’inter ou transdisciplinaires.

Lise-Hélène Larin est une artiste qui ne prend jamais de raccourci en vue d’un résultat espéré. Elle ne se contente pas de regarder confortablement la mer pour en comprendre l’infini, elle est de ceux qui vont la traverser à la rame pour la comprendre vraiment. Elle ne va pas monter sur une montagne pour réaliser l’étendue d’un panorama conceptuel,

elle va le marcher littéralement dans tous les sens, avant de passer à un autre panorama conceptuel.  Sa recherche doctorale dans le monde numérique n’a rien de superficiel. Elle va le parcourir dans ses moindres recoins, dans ses moindres possibilités et dans ses moindres limites. Si la politique est l’art du possible, l’art c’est la politique de l’impossible…une découverte d’une nouvelle éthique de la forme, qui est la définition même de l’esthétique.

Elle me fait penser au Facteur Ferdinand Cheval qui pendant 33 ans va refaire son parcours de facteur avec sa brouette pour récupérer les roches qui lui permettra de construire chez lui son Palais idéal… lequel sera dédié finalement à sa brouette, « fidèle compagne de peine » de sa quête locale donc universelle. Elle me fait penser à L’Homme qui plantait des arbres (Frédéric Back) qui a traversé les vicissitudes de son époque en plantant chaque jour des graines d’arbres qui finiront par modifier une région désertée et désertique entière en paradis retrouvé. Elle me fait penser à Christo et Jeanne-Claude qui ont négocié et financé eux-mêmes pendant des dizaines d’années l’impossible empaquetage du plus vieux pont de Paris, le Pont Neuf, ou la réalisation du Running Fence, un mur de 37 kilomètres sur la côte américaine la plus protégée. Ces trois exemples d’artistes ont non seulement fait concrètement un impossible mais ils ont renversé momentanément l’entropie inexorable de toute chose.

 Le simple facteur Cheval devient propriétaire d’un palais plus que fabuleux, le planteur anonyme devient le sauveur écologiste de tout un pays intime, les Christo deviennent inventeurs d’une nouvelle finalité financière. Ces renversements impossibles ne peuvent se concrétiser qu’en maîtrisant les détails. Dieu ici, comme le diable, est dans le détail. Dans son travail Forêt/Paradigme, Forêts dans la ville, Lise-Hélène renverse littéralement le processus habituel de transformation. Ce sont les feuilles de journaux, témoins d’une actualité éphémère des deux solitudes de Montréal, qui redeviennent des arbres de mémoire collective et une forêt intemporelle. Dans le concept même de cette œuvre, les mémoires anglophone et francophone de Montréal se retrouvent enfin réunifiées dans un tout universel. Chaque arbre est le fruit d’une expérience personnelle qui, en s’accumulant en 2,000 exemplaires régénère complètement le sens privé de départ. Nous avons affaire ici à une nouvelle écologie. Replacés et réanimés dans d’autres contextes, ces mêmes arbres se retrouvent dans sa dernière exposition afin de poursuivre l’étendue des possibilités sémantiques. N’y a-t-il pas d’autres paradis à retrouver, d’autres déserts à verdir, d’autres vieux ponts à réactiver…d’autres entropies à renverser momentanément ?Je réalise que son œuvre ultime est son atelier, son incroyable laboratoire de la réparation du monde. C’est le point de départ et d’arrivée d’une accumulation intelligente et intelligible d’objets mathématiques, de dessins charnels, d’impressions numériques, de matières singulières, de sculptures parasites, d’images simulées, d’animations 3D non narratives, qui nous poussent à parcourir l’infinité chaude des trajectoires plutôt que de s’immobiliser dans la froideur d’une position.

Montréal aura-t-elle un jour une fondation comme Dia Art foundation de New-York, capable d’acheter et de faire visiter L’Atelier Idéal ? Décidément, nous avons tous une entropie à renverser.

Atelier Des Pins dans les années 80

À chaque fois que j’allais à Montréal, je la retrouvais à son atelier et je pouvais découvrir le dernier agencement de ses expérimentations, son nouveau « cabinet des curiosités », mélange fabuleux d’objets et d’œuvres singulières.

ATELIER ELMIRE  2020

ATELIER ELMIRE 2019

ATELIER ELMIRE 2019

ATELIER DES PInS 1987

Lise-Hélène Larin
Artiste multidisciplinaire et chercheure en art visuel et médiatique. BFA – Concordia University 1976, Maîtrise en arts visuels et médiatiques – Université du Québec à Montréal 1988, Doctorat en étude et pratique des arts – Université du Québec à Montréal, 2011. Elle enseigne à l’Université Concordia depuis 1984 et au Collège Dawson depuis 1987. 

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